Les Radioamateurs Marocains à Monsieur le Directeur de l'Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications

  
Rabat, le 3 Octobre 2000
 
 

Monsieur le Directeur,
 

La communauté radioamateur a accueilli avec satisfaction la création de l'ANRT. Cette nouvelle institution dans le paysage des télécommunications, chargée de la gestion du spectre des fréquences radioélectriques et par conséquent de l'ensemble des installations radioélectriques, est porteuse de beaucoup d'espoirs pour les radioamateurs marocains de voir enfin leur activité reconnue et de leur permettre de prendre la place qui leur est réservée dans le développement mondial des radiocommunications et de prétendre à jouer le même rôle que celui des autres communautés de radioamateurs dans le monde.

Historiquement, le radio amateurisme a toujours été présent dans le monde des radiocommunications. Il y a toujours joué un rôle de pionnier là où les scientifiques et les gouvernements avaient abandonné et ce dès les premiers jours de la radio au début du vingtième siècle.

Dès sa publication, nous avons pris connaissance de la décision DG n° 27 du 2 décembre 1999. Nous nous réjouissons que pour la 1ère fois, des références dans le cadre juridique marocain soient faites pour le compte des radioamateurs. Jamais auparavant, le statut du radio amateurisme n'a été évoqué officiellement au Maroc. Toutefois, nous constatons avec regret que la communauté des radioamateurs marocains n'a pas été consultée lors de l'élaboration de la décision 27 sus-visée. Cette communauté aurait certainement contribué à l'enrichissement de cette décision et nous vous faisons parvenir les commentaires suivants sur l'annexe 4 (partie réservée aux radioamateurs).

Nos observations portent essentiellement sur 3 points à savoir le tableau des fréquences listées à la page 17 du document, la non définition du statut du radio amateurisme et enfin le mode de tarification de la licence :

Une liste exhaustive des bandes attribuées par le Règlement des radiocommunications (Article S5) au service des amateurs est vivement conseillée. Elle apporterait, à tout nouvel et éventuel utilisateur, une meilleure visibilité sur les bandes qu'il pourrait exploiter et des indications sur les équipements qu'il devrait acquérir. Les bandes suivantes, entre autres, gagneraient à être également énumérées (liste non exhaustive):

La révision des conditions énoncées actuellement pour l'exploitation des stations radioamateur par la prise en considération des nouvelles technologies tel qu'énoncées dans la recommandation n° M-1043 de l'UIT et des nouvelles dispositions de l'article S25. Cette révision pourrait être incluse dans le texte de la décision n°27 ou dans une annexe à cette même décision.

La tarification mise en vigueur est unique en son genre. Le Maroc est le seul pays au monde à pratiquer cette méthode de tarification de la licence radioamateur. A ce jour, la redevance marocaine est recensée comme étant l'une des plus chères au monde alors que la recommandation n° M-1044 de l'UIT demande de faciliter l'accès à cette activité dans les pays en voie de développement. A titre de comparaison, la redevance de la licence en France est unique quelle que soit la classe de l'opérateur et est de 300 FF. En Allemagne, elle est seulement de 50 DM. Aux Etats-Unis la licence a récemment été déclarée gratuite.
Le statut d'utilité publique a été attribué aux radioamateurs dans le bulletin officiel du 8 décembre 1982 Dahir n° 2.82.752 du 30 octobre 1982. A ce titre il serait souhaitable de réviser la tarification à la baisse afin de permettre à tous d'accéder à ce loisir. Il ne faut pas ignorer que notrecette activité est à but non lucratif et qu'elle peut être qualifiée de socio-éducative. Elle contribue à faire rayonner l'image et la culture du Maroc dans le monde. A cet effet, nous pourrions proposer la facturation suivante :

Une licence unique et à prix unique ne devant pas dépasser 200dhs, englobant la totalité des modes et bandes de fréquences radioamateur.
Mieux encore, la gratuité. Le faible nombre de radioamateurs par rapport aux nombre de terminaux en service dans les réseaux commerciaux est négligeable et ne représente pas une valeur financière substantielle.

Le radio amateurisme est aussi à l'origine de vocations professionnelles dans le milieu de l'électronique et des télécommunications. Le rôle de l'ANRT pourrait être de promouvoir ce service (peut-être au travers de l'institut I.N.P.T.) et permettre à de jeunes étudiants ou de jeunes ingénieurs de découvrir un champ d'expérimentation qui ne saurait être trouvé ailleurs. De nombreux industriels ou ingénieurs connus sont radioamateurs (tels le Dr. Rhodes de Rhodes & Schwarz, l'actuel PDG de Digital Microwave ou bien le fondateur de Yaesu au Japon par exemple). Ils contribuent à l'évolution de ce hobby en publiant des ouvrages de vulgarisation des techniques de pointe inspirés directement des résultats du R&D de leurs entreprises.

Mondialement, les rangs des radioamateurs sont riches d'une grande variété d'hommes et de femmes issus de toutes les couches de la société et de tous milieux professionnels. On y trouve aussi bien des gens ordinaires que les astronautes des différentes missions de la navette spatiale ou de la station MIR (actifs à bord et pendant les missions!). La station spatiale internationale (ISS) en cours de déploiement a été dotée de moyen de communications radioamateur qui seront mis en service dès les premières missions occupant ce vaisseau spatial. Des sommités du monde de l'industrie de l'électronique et même des Chefs d'état sont radioamateurs, citons Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, Feu Sa Majesté le Roi Hussein de Jordanie, Sa Majesté le Roi Abdallah de Jordanie, Sa majesté le Roi Juan Carlos d'Espagne, Carlos Ménem ancien président de la République d'Argentine entre autres.

En raison de sa disponibilité permanente, sa curiosité et son besoin de communiquer aux limites de la physique, le radioamateur accède à un champ d'expérimentation extraordinaire dont l'échelle mondiale ne peut être reproduite en laboratoire. Il est de notoriété qu'au début du 20ème siècle, les premières liaisons à longue distance ont été réalisées par des radioamateurs, la science et les Etats ayant délaissé les premières expérimentations n'y voyant aucun intérêt. Les amateurs ont persévéré pour aboutir aux premières liaisons trans-océaniques. Sont ensuite venues les premières liaisons entre l'Europe et l'Asie et les développements commerciaux et industriels que l'on connaît aujourd'hui.

Au niveau de la technologie, les radioamateurs ne sont pas en reste. De nombreux brevets ont été déposés par des radioamateurs au cours du 20ème siècle. Certains concepts ont pu être mis en évidence au travers d'expérimentations par des amateurs répartis sur la planète. Parmi les plus spectaculaires, nous pouvons citer entre autres l'expérimentation de radiocommunication à l'aide de satellites en orbite basse (LEOS - Low Earth Orbiting Satellite) ou en orbite elliptique (Orbite Molnya). Dès 1963, un satellite radioamateur orbitait autour de la Terre. Il y a 40 ans, Spoutnik transmettait ses bips sur une fréquence attribuée au service des radioamateurs. Ceux-ci l'ont observé et écouté pendant sa courte durée de vie. Certaines observations dans le domaine d'application des radiocommunications spatiales ont été fournies par des radioamateurs dont la compétence à été sollicitée par la recherche scientifique. A ce jour, plus de 20 satellites amateurs opérationnels nommés OSCAR (Orbiting Satellite Carrying Amateur Radio) orbitent autour de la terre. Un nouveau lancement est même prévu vers la fin du mois d'octobre 2000. Ce dernier projet de Satellite nommé Phase III-D, entièrement conçu et réalisé par des radioamateurs, emportera à son bord des expérimentations de nouveaux concepts de radiocommunication analogique et numérique. L'agence Spatiale Européenne fait confiance aux radioamateurs en leur accordant une place sur leur lanceur Ariane 5 pour la mise en orbite de cette réalisation.

Le radio amateurisme, au même titre que le sport, est fédératif. Il ne doit pas être considéré comme une activité radio assimilée aux radiocommunications professionnelles. Les radioamateurs marocains ne demandent pas un statut spécial, ils veulent seulement qu'il leur soit permis de pratiquer leur activité comme le font leurs pairs de par le monde. Il serait regrettable que le Maroc qui a toujours été un pays avant-gardiste reste en marge de ce qui se pratique au niveau mondial et que la réglementation qui se met en place fasse que la population des radioamateurs du Maroc régresse ou même disparaisse.

Pour toutes ces raisons et pour la promotion de cette activité au Maroc, les signataires de ce message souhaitent une rencontre au plus haut niveau afin de discuter du statut du service radioamateur en organisant une table ronde entre des responsables de l'ANRT et des représentants désignés des radioamateurs marocains. Il sera ainsi permis de passer en revue et de définir la mise en application des recommandations de l'article S25 section 1 et 2 du Chapitre S-VI ainsi que celles de l'article S5, sections 1 à 4 du Chapitre S-II des recommandations de la réglementation des radiocommunication l'UIT.
 

Signé : Les Radioamateurs Marocains